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Scylla n’avait pas de parents. Charybde se disait « tout comme » (après tout, il est difficile de répondre à ses obligations filiales quand on est un gouffre béant au fond de l’océan). C’est pourquoi les deux monstres se trouvèrent fort dépourvues quand elles se rendirent compte qu’elles avaient un enfant.

La compréhension de cet état de fait fut graduelle. Scylla crut d’abord à une sorte de parasite. Charybde, elle, pensa qu’elle devait avoir un bout de mât coincé entre deux rochers, et qu’en fonction du courant, il venait de temps en temps lui gratter le fond de la fosse. Bien sûr, le problème ne fut pas simplifié par le fait que, dans la grande famille qu’était leur panthéon,  les enfants naissaient un peu comme ils le voulaient, s’invitant soudain dans le monde en s’extrayant d’un organe ou d’un objet. Et ni Charybde ni Scylla n’avaient vraiment envie d’un enfant. Ou plutôt si, dans l’absolu, mais pas comme cela.

Pour Scylla, il était bien trop semblable à un liquide, à onduler, comme cela, le long de ses moignons, comme si une parodie de membre lui avait soudain poussé, mais restait trop élusif pour être utilisé. Pour Charybde, il n’était que solide, à se cogner ainsi contre les rochers qui formaient sa paroi. Mais aucune des deux n’auraient voulu le céder à l’autre. Aussi incongru et rejeté qu’il était, il représentait enfin le moyen de définitivement prouver à l’autre combien elle lui était supérieure.

L’entreprise, cependant, n’était pas des plus simples. L’enfant semblait avoir un esprit bien à lui. Il coulait à pic quand Scylla lui ordonnait d’affleurer à la surface pour déchirer les étraves, et il flottait quand Charybde exigeait qu’il entraine dans ses entrailles des marins infortunés. De plus, il était très laid, et d’une laideur qui ne pouvait être rapprochée de celles de ses deux mères. Si bien que ni l’une ni l’autre n’était satisfaite de lui, mais aucune ne voulait le dire.

Finalement, par un soir d’été, après deux saisons entières à s’entre-déchirer pour savoir qui était supérieure à l’autre, elles finirent par en  appeler au choix de l’enfant. Celui-ci, cependant, immobile à la surface, ne répondait pas. Peut-être était-il encore trop jeune. Ou peut-être Charybde et Scylla étaient-elles si occupées à se combattre l’une-l’autre qu’elles n’avaient jamais remarqué qu’il ne pouvait en réalité, ni entendre, ni parler.
Peut-être n’était-ce rien de tout cela. Peut-être la véritable raison de son silence, a-t-elle disparu avec lui.

Toujours est-il que soudain, ses moignons tremblants de rage, Scylla se saisit de lui. Charybde, aussi rapide qu’une lame de fond, ne voulut pas rester en reste.

Le petit corps se scinda proprement en deux avec un bruit très léger, à peine plus audible que celui d’une étoffe qu’on déchire. Les deux parties étaient si ténue qu’elles échappèrent aux membres qui les tenaient, soufflées par la brise du soir. Charybde blâma amèrement Scylla, et Scylla Charybde, puis chacune des deux retourna à ses occupations, amère, bornée, et pleine de reproches inarticulées.
Les aventuriers trouvaient refuge en ville, quand la fin brutale de la belle saison les prenaient par surprise, au détour d'un fossé, entre les plans de roses trémières desséchés par le vent marin. Ils arrivaient en ordre désordonné, trempés, déconfits, vaincus. Ils prenaient leurs quartiers dans les auberges. Pas dans les hostels qu'on trouvait près de la promenade, ou dans la rue royale, au milieu de laquelle triomphait le tramway. Non, dans les rues que l'on qualifiaient tout bas de mal famées, notamment car les aventuriers s'y rendaient. Près de la rue de la chair, et des grands abattoirs qui faisaient le lien entre la route bétaillère et le marché. Aucun aventurier ne se rendra jamais dans un hostel, ne serait-ce que parce que les aventuriers qui avaient fait fortune ne venaient jamais.

Alors ils s'enterraient dans une chambre trop petite pour qu'ils puissent même s'allonger correctement. Ils comptaient avaient parcimonies les quelques pièces, les extrayant de leur bourse, et les déposant avec mille précautions sur le rebord de pierre de leur fenêtre, comme si les quelques rayons du soleil qui passaient à travers les carreaux mal lavés avaient le pouvoir de les multiplier. Puis ils soupiraient, passaient leurs doigts dans leurs cheveux, ou s'essuyaient nerveusement les paumes des mains sur leurs pantalons, enfilaient leurs vestes, épaulaient le sac contenant leurs maigres trésors, et quittaient l'auberge en s'efforçant de ne pas faire sonner leurs bottes trop forts sur les clous du plancher disjoints.

Comment ils trouvaient le chemin menant à Malou, Ivraie était bien en peine de le deviner. Il s'agissait d'aventuriers, après tout. Elle n'y accordait que peu d'importance. Elle s'occupait à des tâches subalternes, accrochant de nouveaux bouquets de fleurs séchés aux montants des fenêtres, ou  triant les messages que les nombreux suppliants de Malou lui envoyaient chaque jour. Un œil sur sa tâche, l'autre posé sur la forme assise au bord de la chaise au barreau cassé en face du fauteuil de Malou, une corne couverte de signes mystérieux, ou un parchemin mangé par le temps entre les mains, expliquant encore et encore qu'il s'agissait d'un bien précieux, leur bien le plus précieux, qu'ils reviendraient le chercher, sans faute, à la fin de la saison suivante, mais qu'entre-temps, il fallait bien payer la chambre, et les maigres repas qu'ils avalaient goulûment une fois par jour, et le matériel, pour la prochaine expédition. Et si par hasard Malou en avait l'usage, un échange de bons procédés, un modeste gage de confiance, un encouragement, un prêt. Pas grand-chose. Juste de quoi voir venir, et repartir d'un bon pied.

Ivraie, elle le découvrait depuis peu, n'aimait pas voir les gens s'humilier. Depuis qu'elle avait mangé le coeur de Chaude-Pisse, elle tâtait le monde comme un enfant tâtait l'intérieur de sa bouche, surpris d'y sentir soudain la dureté douloureuse d'une nouvelle dent à venir. Elle avait également réalisé qu'elle n'aimait pas la manière dont Malou la possédait, ces derniers temps. Cette fois encore, alors qu'Ivraie s'avançait  pour délester le visiteur de son fardeau, Malou avait saisi ses cheveux, puis l'avait faite tourner sur elle-même, examinant ses ongles coupés courts, la petite plaie au coin de sa joue, maintenant presque refermée, la façon dont sa robe retombait trop large, sur ses épaules et ses hanches. Elle avait ensuite tâté ses bras et ses mollets, avant de la lâcher, ses mains diaphanes reprenant exactement leur position sur les accoudoirs du fauteuil, si bien que si elle avait été une autre personne, Ivraie aurait pu croire qu'elle avait rêvé, et que la vieille femme n'avait jamais bougé.

Ivraie attendit d'être dans la salle aux étagères et d'avoir fermé la porte derrière elle avant d'autoriser le frisson qui s'était tapis dans son épine dorsale à la traverser. De plus en plus, Malou disposait d'elle comme d'un vêtement. Un habit de fête qu'elle faisait bouger avec envie, en attendant le jour où elle pourrait s'y draper. Et cela terrifiait Ivraie au-delà de tout ce qu'elle voulait bien admettre.
Les aventuriers
ONCE IN A BLUE MOON....
Les résultats de mes épreuves d'admissibilités sortent la semaine prochaine, j'ai fait ça vite fait pendant un cours qui n'en finissait pas, histoire de laisser sortir un peu la vapeur.
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La surface de l'océan est une symphonie de lumière. Le matin, elle se pare de rose pour accompagner les teintes délicates du jour naissant. Le soir, elle se teint d'ores et de pourpres, afin de saluer dignement le soleil agonisant prêt à s'abîmer en elle. La nuit, elle se fait suaire argenté, et couvre de ses plis ceux qui ne sentiront plus jamais la fraîcheur du vent sur leurs visages.

Elle est l'amie des marins, leur mère et leur amante. Elle leur révèle l'emplacement des bancs de poissons par de subtils troubles de son écume. Par ses tourbillons, elle les met en garde contre les écueils. Enfin, elle garde leurs secrets les plus terribles. Elle s'entrouvre avec langueur pour accueillir ce qu'ils jugent bon de lui donner, l'engloutit, et ne demande jamais rien en échange de son silence.

Les marins vénèrent la surface de l'océan. Tout comme ils craignent ses profondeurs. La où les courants pernicieux se forment, où se tapissent les monstres, où disparaissent à jamais les âmes perdues. C'est pourquoi jamais ils ne passeraient un autre marin sur la planche. Ce châtiment est réservé aux femmes. Une femme n'a rien à faire sur un bateau. Une femme sur un bateau a forcément fauté. Ce n'est que justice, se disent-ils en se détournant pour ne pas voir le corps mat heurter les flots.  

De fait, une femme n'a que faire d'un bateau. Femme est fille de l'eau. Elle ne le sait juste pas encore. Lorsque la surface éclatante du soleil de midi se referme au-dessus d'elle et qu'elle sent les fers enserrant ses poignets la traîner vers des ténèbres plus noires encore que les cœurs des hommes qui l'ont sacrifiée, lorsque le froid l'étreint, telle une entrave supplémentaire, et que malgré ses efforts désespéré, l'air qu'elle tente de conserver en elle s'échappe par son nez, sa bouche, les pores de sa peau, son être tout entier se cabre devant la mort qui s'étend, insondable, tout autour d'elle.

Elle n'a jamais connu que le sol, âpre et chaud, sous ses pieds, et le ciel, immense , au-dessus d'elle. Elle n'a pas sa place dans ce monde de silence, où le soleil n’apparaît que sous la forme d'un disque lointain et froid, ses poumons en feu le crient.

C'est alors qu'elles arrivent, souveraines, des profondeurs abyssales. Leurs cheveux ondoient  sous la caresse des courants. Leurs lèvres sont de corail, et leurs ongles aussi délicats que des perles. Elles se massent autour de la nouvelle venue. Froides, caressantes. Elles étreignent ses épaules et sa taille. Elles pressent leurs écailles contre ses jambes nues, mettant un terme à leurs gesticulations désespérés. Hush, petite sœur, murmurent-elle. Hush. Il est trop tard pour lutter.

Leurs queues puissantes l'entraînent, plus sûrement que ses entraves, à travers les ténèbres. L'air s'échappe de sa bouche par goulées entières. Son corps s'arc-boute. Hush, petite sœur, murmurent les sirènes. La douleur passera.

L'eau pèse de tout son poids sur son corps malmené. Elle voudrait abandonner maintenant. Ecouter leurs voix, rendre les armes. A quoi bon lutter ? Susurrent les dents de nacre. A quoi bon geindre et pleurer ? La mer n'a pas d'oreilles. Tes larmes se perdent dans l'immensité salée.
Mais l'air refuse de quitter ses poumons. La brûlure s'étend dans sa gorge, dans sa langue, derrière ses yeux.

Alors ses sœurs ont pitié. Elles enserrent sa poitrine. L'une après l'autre, leurs bouches se posent sur la sienne. Elles aspirent les bribes d'air qui retenaient encore le souvenir de la surface en elle. Leurs doigts fins pèsent sur ses épaules et ses hanches. Elles l'emportent avec elle, toujours plus profond, désireuse d'abréger le supplice qu'elles-mêmes, en leurs temps, ont subit.

Dans l'indifférence des ténèbres, les entraves cèdent. L'eau envahit sa bouche, son nez sa gorge. Dans la même goulée, elle meurt et renaît. Ses lèvres s'écartent en un sourire. Elles ont pris la teinte du corail, de même que ses yeux ont maintenant la clarté de la nacre. Ses cheveux ondoient dans les courants au même rythme que ceux de ses sœurs. Ses jambes se resserrent et s'unissent, en partant de sa taille, pour ne plus former qu'un seul membre, orné d'écailles diaphanes. La nouvelle sirène arrache les guenilles qui restent accrochées autour de son torse. Ses sœurs applaudissent cette nouvelle naissance, et, d'un seul mouvement fluide, la propulsent à leur suite, dans le sillage du bateau.

- Maintenant, petite sœur, murmure l'une d'elle à son oreille, maintenant vient le temps du châtiment.
La rue descendait en pente douce vers le port. Ivraie suivait une ligne qu’elle seule arrivait à déceler dans le méandre formé par les rainures des pavés. Elle gardait son regard résolument baissé, s’écartant occasionnellement de sa voie pour laisser la place à une chariette de produits frais en route vers les dépôts, ou à des passants trop concentrés sur eux-mêmes pour la voir. Peu de gens étaient dehors, à cette heure de la journée. La chaleur de la mi-journée se faisait étouffante, prête à tourner à l’orage si le vent du large ne se décidait pas à souffler. La lumière frappait les pierres de la ville avec une cruauté étincelante qui semblait ne jamais décroître, où que se pose le regard. Les ombres reculaient jusque dans les ruelles, et se tapissaient là, sifflant leur rage et leur impatience de voir la nuit enfin arriver.
Ivraie préférait ce moment par-dessus tous. Les rues vides, mêmes écrasées de soleil, lui offraient un soulagement semblable  à celui une brise marine. Petite forme noire presque noyée dans cet océan de lumière blanche, elle disparaissait presque entièrement. Lorsqu’elle sortait le matin, où en début de soirée, lorsque les rues étaient encombrées de passant, flânant dans la fraîcheur ou filant vers une destination, lorsqu’elle devait se frayer un chemin à travers les coudes et les canes qui encombraient le trottoir, il lui semblait qu’elle encombrait le passage, qu’elle occupait trop de place, déjà, malgré le fait qu’elle n’avait pas fini de grandir. Qu’elle était soudain jetée au milieu d’un torrent, arrachée à une rive où elle aurait dû rester assise, en spectatrice. Elle n’avait pas sa place là.
Ivraie n’en avait jamais parlé à Malou. La vieille femme ne cessait de répéter qu’elle n’était pas une personne, car elle n’avait pas de cœur. Penser qu’elle puisse lui accorder le bénéfice du doute quant à la possession d’une âme propre, ou juste d’émotions, était illusoire.
La rue
La fin du monde est proche, j'ai écrit quelque chose !
J'expérimente pas mal en ce moment, entre deux tentatives de maîtriser deux langues à fond. 
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Parce qu'il n'y a pas de raison de ne pas en faire profiter les autres.

Hier soir, j'ai écrit un adorable petit texte nommé "La Ville, La nuit", qui, selon quelques personnes... tend un poil vers la paranoïa (quelle idée, n'est-ce pas ? Vous me connaissez, je ne suis pas paranoïaque, c'est le monde entier qui est contre moi !).
Bref.
Dans ce texte il y a de petites créatures pour le moins malignes.

Leur nom est caché quelque part dans le texte. Ce sont deux mots qu'on peut relier pour n'en faire qu'un.

Saurez-vous le trouver ? :D

Le gagnant gagne mon estime (la classe, hein ?).

Vous pouvez m'envoyer vos réponses par mail/skype/Fb selon là où on se cause d'habitude.
  • Listening to: Walk Off The Earth Kama Police
  • Reading: Outsiders
  • Watching: Stardust
  • Playing: My mad Braaaaaaaaaaain
  • Eating: A cat
  • Drinking: Tea, as always.

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Comments


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:iconoorigami:
Oorigami Featured By Owner May 9, 2013  Hobbyist General Artist
Thank you dear
Reply
:icon3penproblem:
3PenProblem Featured By Owner Apr 13, 2013  Hobbyist Traditional Artist
Thanks a lot for the fave :boing:
Reply
:iconparchemin:
Parchemin Featured By Owner May 7, 2013
My pleasure :hug:
Reply
:iconyeril:
yeril Featured By Owner Mar 21, 2013
Merci pour le fav sur mon cyborg :)
Reply
:iconparchemin:
Parchemin Featured By Owner Mar 22, 2013
Avec plaisir, je l'ai trouvé particulièrement marquant ^^.
Reply
:iconoorigami:
Oorigami Featured By Owner Mar 6, 2013  Hobbyist General Artist
Thank you Sis'
Reply
:iconparchemin:
Parchemin Featured By Owner Mar 7, 2013
No problem, sweetie :D
Reply
:iconyllya:
yllya Featured By Owner Nov 1, 2012  Professional Digital Artist
Merci pour le watch :)
Reply
:iconparchemin:
Parchemin Featured By Owner Nov 3, 2012
De rien ^^
Reply
:iconsmokeroad:
smokeroad Featured By Owner Sep 9, 2012  Hobbyist General Artist
thank you for the fave :)
Reply
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